Transmission de l’héritage prophétique
Il est rapporté de ‘Omar (qu’Allah l’agrée) qu’il a dit :
« ô gens ! Je me tiens devant vous de la même manière que le messager d’Allah (que la bénédiction et la paix soient sur lui) s’est tenu devant nous en disant : « je vous recommande après ma mort, mes Compagnons, ensuite leurs disciples, puis les disciples de leurs disciples. Puis le mensonge se répandra au point que l’homme jurera alors qu’il ne lui aura pas été demandé de jurer, qu’il témoignera alors qu’il ne lui a pas été demandé de témoigner. Oyez ! Qu’un homme ne reste surtout pas seul avec une femme, sinon le troisième d’entre eux sera le diable. Attachez-vous à la communauté et évitez la dissidence. En effet, le diable est avec celui qui est seul, et il se tient plus éloigné de deux personnes. Celui qui désire les plus hauts degrés du paradis, qu’il s’attache à la communauté. Celui dont ses bonnes actions le réjouissent et ses mauvaises l’attristent, celui-là est un croyant » ». [1]
L’enseignement du saint Prophète (que la bénédiction d’Allah et la paix soient sur lui) a été transmis par ses Compagnons, leurs disciples, et les disciples de leurs disciples. Qui se rattache à cette transmission, se rattache à la communauté mouhammadienne. Les disciples des Compagnons (qu’Allah les agrée) ont été aussi cités en référence, pour la seule raison qu’ils ont suivi la voie de leurs maîtres.
Les représentants de cette communauté sont donc ceux qui sont dépositaires de la science prophétique transmise d’une génération à l’autre sans altération de la Révélation.
La Voie reste soumise à la Loi.
Il est rapporté cette parole d’ach-Chafi’i (qu’Allah lui fasse miséricorde) :
« si les savants ne sont pas les saints d’Allah dans l‘au-delà, alors Allah n’a aucun saint ». [2]
Il est rapporté de Djounayd (qu’Allah lui fasse miséricorde) qu’il a dit :
« notre science est soumise au Livre et à l’enseignement prophétique. Celui qui n’a pas étudié le Coran et n’a pas appris le hadith, n’est pas en droit d’enseigner notre science ». [3]
Qui représente la communauté ?
Il est rapporté de Houzayfah (qu’Allah l’agrée) que le Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui) a dit :
« suivez ces deux-là après moi : Abou Bakr et ‘Omar ».
At-Tirmizi (qu’Allah lui fasse miséricorde) rapporte :
« j’ai entendu al-Djaroud Ibn Mou’az qui disait : « j’ai entendu ‘Ali Ibn al-Hassan qui disait : « j’ai demandé à ‘Abdoullah Ibn al-Moubarak : « la communauté, c’est qui ? » Il dit : « c’est Abou Bakr et ‘Omar ». On lui rétorqua : « mais Abou Bakr et ‘Omar sont morts ! » Il dit alors : « untel et untel ». On lui dit : « untel et untel sont morts ». Alors ‘Abdoullah Ibn al-Moubarak dit : « Abou Hamzah as-Soukri est une communauté » » » ».
Abou Bakr Ibn al-’Arabi écrit au sujet de la communauté qu’il s’agit de ceux qui allient la connaissance à la droiture. [4] Il est vrai que les savants, pour évaluer la probité de quelqu’un, examinent ces deux vertus. Si la droiture fait défaut chez l‘un d‘entre eux, alors celui-ci n’est pas digne de confiance.
Les maîtres ne sont pas infaillibles.
À la différence des prophètes, il est permis de rejeter une sentence émise par un maître lorsqu’il apparaît indubitablement qu’elle est en contradiction avec l’enseignement prophétique.
Il est rapporté de ‘Aicha (qu’Allah l’agrée) que le messager d’Allah (que la bénédiction et la paix soient sur lui) a dit :
« celui qui invente dans notre religion, ce qui n’en fait pas partie, est réprouvé ». [5]
Enfin, les croyants ne sont pas infaillibles comme les prophètes. Suivre l’un d’entre eux aveuglément sans savoir si ce à quoi il appelle, est vraiment conforme à la Loi divine, a absolument été interdit. Allah (que son nom soit sanctifié) a dit : « ils ont pris leurs savants et leurs anachorètes comme seigneurs en dehors d’Allah » [6], pour la simple raison qu’ils n’ont pas vérifié si ce qui leur était enseigné, avait son origine établie dans les Écritures. Aussi, lorsque leurs dirigeants leur déclaraient que telle chose était licite ou illicite, alors qu’elle ne l’était pas, ils l’acceptaient sans vérifier si la personne était vraiment une éminence en la matière ni si sa sentence avait un quelconque fondement.
Or, les Compagnons (qu’Allah les agrée) ont formé leurs disciples, qui eux-mêmes ont formé d’autres personnes à la science de la Révélation. Renier cette réalité, c’est nier la transmission de la connaissance.
Parallèlement, tout le monde n’a pas forcément la capacité intellectuelle de comprendre et d’analyser les arguments d’un théologien lorsqu’il prononce son jugement. Généralement, en matière de religion, la masse se contente d’accepter ce que l’élite a proclamé.
Face à une telle polémique, il convient d’observer quelle fut exactement l’attitude des Compagnons (qu’Allah les agrée) à l’égard du peuple. Étant les prédécesseurs dans la Voie, ils étaient sensés la montrer aux autres afin qu‘ils puissent agir de même après leur mort. Alors, ont-il obligé les autres à les suivre ? Ou bien ont-ils préconisé le devoir de suivre un guide si eux devaient disparaître ?
Le maître se doit d’être digne de foi.
‘Ali Ibn Abi Talib (qu’Allah l’agrée) a dit à Kamil Ibn Zayyad an-Nakh’i :
« ô Kamil ! En vérité, ces cœurs sont des récipients. Les meilleurs d’entre eux sont ceux qui renferment le plus de bien. Les hommes sont de trois catégories : un savant pédagogue, un étudiant sur la voie du salut et un inculte vulgaire, qui suit n’importe quel braillard, sans chercher à s’éclairer à la lumière de la science et sans se référer à quelqu’un digne de foi. » [7]
Ce qu’il entend par “la lumière de la science”, ce sont le saint Coran et le hadith prophétique, ainsi que le consensus des savants ; et par “quelqu’un digne de foi”, un savant qui nous explique, des deux données fondamentales de la Révélation, ce dont nous ne saisissons pas le sens.
Il est rapporté de Abou Hourayrah (qu’Allah l’agrée) qu’il a dit : « j’ai entendu le messager d’Allah (que la bénédiction d’Allah et la paix soient sur lui) dire : « écoutez ! En vérité, le monde est maudit ; tout ce qui s’y trouve est maudit, sauf le souvenir d’Allah et de ce qu’il aime, un savant et un étudiant » ». [8]
