Premier hadith : l’histoire de la prière chez les Banou Qouraizah
Il est rapporté d’Ibn ’Omar (qu’Allah l’agrée) qu’il a dit :
« le Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui) nous dit, lorsque nous retournâmes de la guerre contre les coalisés : « que personne d’entre vous n’accomplisse la prière de l’après-midi si ce n’est chez les Bani Qourayzah ». L’heure de la prière de l’après-midi fut sur le point de passer et certains étaient toujours en chemin. Les uns dirent : « nous ne prierons pas jusqu’à ce que nous arrivions chez eux », les autres : « au contraire, nous prions ! Ce n’est pas cela qu’il a voulu dire ». Au retour, cette affaire fut mentionnée au Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui), mais il ne vitupéra aucun d entre eux ». [1]
Les Compagnons (qu’Allah les agrée) partageaient deux avis opposés sur une seule parole du Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui) et ont pratiqué son ordre de deux manières différentes, sans que le Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui) invalide la prière de l’un des deux groupes.
Son silence est le signe qu’il accréditait les deux interprétations, même si le sens de son ordre était unique, puisqu’il serait illogique de dire que son ordre dissimulait deux sens possibles.
En effet, lorsqu’une personne donne un ordre à un tiers, il n’entend par sa demande, qu’une seule chose, autrement celui qui a reçu l’ordre resterait dans la confusion et serait incapable d’accomplir ce qui lui est demandé, du fait de son incompréhension à saisir le sens de l’ordre.
Deuxième hadith
Il est rapporté selon ’Ata Ibn Yassar, d’Abou Sa id al-Khoudri (qu’Allah l’agrée) qu’il a dit :
« deux hommes sont partis en voyage. Ce fut l’heure de la prière et il n’y avait pas d’eau avec eux. Ils se purifièrent alors avec de la terre pure. Puis ils trouvèrent de l’eau dans l’heure. L’un d’eux recommença la prière avec les ablutions tandis que l’autre ne la recommença pas. Ensuite ils vinrent auprès du messager d’Allah (que la bénédiction et la paix soient sur lui) et lui mentionnèrent leur histoire. Il dit alors à celui qui n’avait pas recommencé : « tu as trouvé la tradition prophétique et ta prière est valable ». Et il dit à celui qui s était ablué et avait recommencé : « quant à toi, tu as deux fois la récompense » » [2]
Les deux Compagnons, se sont efforcés d’œuvrer conformément à l’enseignement prophétique, sans avoir de directive au sujet du problème qui leur était posé. Le Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui) a honoré les deux avis et n’en a réfuté aucun. Mais même si les deux opinions étaient bonnes, l’une d’entre elles était meilleure que l’autre. N’a-t-il pas distingué le premier en lui affirmant qu’il avait agi conformément à la tradition prophétique, ce qu’il n’a pas dit au deuxième ?
Ce dernier a gagné la récompense d’avoir accompli correctement sa prière la première fois, plus une autre pour avoir émis l’avis qu’il fallait la recommencer en présence de l’eau, malgré que ce fût une erreur.
Quant au protagoniste précédent, il a obtenu la récompense d’avoir accompli correctement sa prière, plus deux autres pour avoir émis un jugement qui s’avérait juste, ce qui lui fait un total de trois récompenses. Il est rapporté de ’Amr Ibn al-’Aç (qu’Allah l’agrée) qu’il a entendu le messager d’Allah (que la bénédiction et la paix soient sur lui) dire :
« lorsque le légiste désire émettre un règlement, il s’exerce à en trouver un. S’il trouve juste, il gagne deux récompenses et s’il se trompe, il en gagne une seule ». [3]
Les divergences théologiques et juridiques ne constituent donc pas une cause d’égarement pour la communauté musulmane. Au contraire, elles sont récompensées, ce qui prouve que les problématiques au sein des références coraniques et prophétiques, existent, et que leur résolution est encouragée par le Législateur suprême, et aimée de lui. L’histoire de la prière chez les Bani Qourayzah démontre que la divergence des Compagnons a été soumise à l’agrément du saint Prophète (que la bénédiction et la paix soient sur lui), conformément à l’ordre du verset : « quand donc vous divergez au sujet d’une chose, reportez-la à Allah et au Messager » [4] et qu’il a effectivement agréé la divergence d’opinion. Sommes-nous plus que le messager d’Allah (que la bénédiction et la paix soient sur lui) pour oser rejeter ce que lui, a admis ? Sommes-nous en droit d’imposer notre propre vision de la religion, alors que depuis de le début de l’histoire hégirienne, la Révélation était déjà sujet à débat.
