L’invocation est un attribut divin ; il est personnel et collectif, pour le Réel et le créé. En plus d’être un attribut divin, elle est la récompense de l’invocation du créé. Allah le très-haut dit : « souvenez-vous de moi, je me souviendrai de vous » [1]. Il a donc rendu sa mention existante du fait que nous le mentionnons. Telle est sa condition. Allah le très-haut a dit : « s’il m’invoque en lui-même, je l’invoque en moi-même et s’il me mentionne au sein d’une assemblée, je le mentionne dans une assemblée d’êtres meilleurs que ceux qui composent la sienne » [2]. L’invocation a engendré l’invocation, et la condition de l’invocation, la condition de l’invocation. L’invocation ici, ne consiste pas à mentionner son nom mais à s’en rappeler de telle sorte que ce soit une louange pour lui et un remerciement, car le profit est ôté lorsque le nom est prononcé en raison de l’être qu’il indique, qu’il s’agisse de toi ou de lui.
Si tu dis : les hommes d’Allah ont pourtant préféré la prononciation du mot « Allah, Allah » [3] et celle du mot « Lui » [4] à d’autres invocations qui accordent l’attribut et leur ont trouvé des avantages, je répondrais : ils ont dit vrai et je dis de même, cependant ils ne visaient pas par leur invocation « Allah, Allah », ce qu’elle-même indique de l’être. Ils avaient seulement l’intention, en mentionnant ce nom ou le mot « Lui », de savoir que celui qui est appelé par ce nom ou par ce pronom, est celui que les êtres ne conditionnent pas et dont l’existence est totale.
C’est cette prise de conscience de l’orant, lors de l’invocation du nom, qui amène le profit, car il s’agit d’une invocation non restrictive. S’il la conditionne en disant « il n’est point de dieu digne d’être adoré en dehors d’Allah » [5], il en résultera seulement la connaissance de ce qu’elle indique. Lorsqu’il la relativise en disant « qu’Allah soit glorifié » [6], il lui est possible d’être uniquement présent avec la vérité de ce que lui accorde la glorification. Il en est de même avec « Allah est très grand » [7], « louange à Allah » [8], « il n’est de force et de puissance que par Allah » [9].
Toute invocation conditionnée ne donne comme résultat que ce pour quoi elle a été conditionnée. Il n’est pas possible d’en tirer un profit général, car son état la restreint.
Et Allah nous a appris que l’invocation ne donne que selon l’état dans laquelle elle est prononcée, lorsqu’il dit : « s’il m’invoque en lui-même, je l’invoque en moi-même » [2] jusqu’à la fin du hadith. C’est pour cette raison que les confréries ont préféré l’invocation du mot seul Allah ou de son pronom sans rien restreindre.
Par conséquent, les hommes d’Allah n’usaient pas du mot sans prise de conscience des attributs qui conviennent à celui qui est nommé. Et la mention que fait le Réel de son serviteur est dans le même sens ; il se fait par un nom qui englobe toutes les vertus qui y sont liées et qui sont en correspondance avec l’invocation du nom Allah, par laquelle le serviteur invoque son seigneur.
L’appel du serviteur se fait par la présence d’esprit, et l’appel du Réel par sa présence, car nous lui sommes visibles et sommes connus de lui, tandis que lui, est connu de nous, mais ne nous est pas visible.
Les savants cherchent à être en sa présence par la force mémorielle ; le commun des croyants par la force imaginative ; et parmi les serviteurs d’Allah, sont les savants par Allah, qui tendent à être en sa présence par les deux forces : ils l’appellent par la force mémorielle, en se souvenant des preuves apportées par l’intelligence et la loi, et par la force imaginative, en usant d’elle selon les termes de la Loi et selon les dévoilements visionnaires. Ceci est l’invocation la plus complète, car il l’a invoqué de tout son être et c’est à partir de là qu’Allah se souviendra de lui.
En vérité, Allah n’a rien déterminé en quantité si ce n’est l’invocation, et il n’a rien ordonné de faire en abondance, sauf l’invocation. Il a dit : « ceux et celles qui invoquent Allah en abondance » [10], « invoquez fréquemment Allah » [11]. Il n’a pas parlé de pratiquer l’invocation que du nom Allah en particulier sans rien conditionner. Il a dit : « invoquez Allah » et n’a pas dit de telle ou telle manière ; il a dit : « certes l’invocation d’Allah est très grande » [12] sans dire qu’elle soit de telle ou telle manière ; il a dit « invoquez Allah à des jours précis » [13] sans dire de telle ou telle manière ; il a dit : « mentionnez sur elles le nom d’Allah » sans dire de telle ou telle manière ; il a dit : « mangez de ce sur quoi a été prononcé le nom d’Allah » sans dire de telle ou telle manière. Il a dit : « la fin du monde n’arrivera pas tant qu’il restera à la surface de la terre quelqu’un qui dira : Allah, Allah » [14] : il n’a pas relativisé son propos par une affaire supplémentaire à ce mot, parce qu’il est l’invocation de l’élite de ses serviteurs, ceux par qui Allah garde ce bas-monde et tout univers dans lequel ils résident. Lorsqu’il ne reste plus un seul d’entre eux dans le monde, il ne reste plus pour lui une raison pour laquelle Allah va le conserver ; alors ce monde est anéantit et détruit.
Et combien de gens qui disent Allah, qui vivent aujourd’hui, mais qui ne l’invoquent pas avec la conscience dont nous avons parlé ! C’est pourquoi le mot n’est pas pris en considération lorsqu’il est prononcé sans conscience : « et lorsque tu fais seulement mention de ton seigneur dans le Coran, ils s’en retournent avec dégoût » [15] car ils n’ont pas entendu la mention de leurs idoles, « et leurs cœurs sont contrariés » [16], malgré leur science que ce sont eux qui ont inventé ces idoles ; c’est pourquoi il a dit : « nommez-les » [17]. S’ils les nomment, l’argument sera contre eux. Nul n’appelle Allah si ce n’est Allah.
Les degrés de l’invocation sont de neuf-cent cinquante-et-un selon les gnostiques des hommes d’Allah, et de neuf-cent vingt selon les gens du blâme.
