Qu’Allah t’accorde sa grâce ! Sache que les hommes d’Allah sont de trois catégories, pas plus : des hommes que l’ascèse, le renoncement et les actions pures et louables ont vaincu.
Première catégorie : les adorateurs
Ils ont purifié leur intérieur de tout attribut répréhensible que le Législateur suprême a vitupéré. Cependant, ils n’ont rien vu au-dessus de ce qu’ils ont atteint par ces œuvres. Ils n’ont aucune connaissance des états, ni des stations, ni des sciences infuses d’origine divine, ni des secrets, ni des dévoilements, ni rien de ce que les autres trouvent.
Ceux-ci sont nommés les adorateurs. Lorsque quelqu’un vient leur demander une prière, certainement que l’un d’entre eux va le rejeter ou lui dire : « qui suis-je pour que je prie pour toi ? Quel est donc mon niveau ? » par crainte que la vanité ne l’atteigne et par peur des calamité de l’âme, pour que l’ostentation ne le pénètre pas à cause de cela. Et si l’un d’entre eux s’occupe à lire, ce sera un livre comme la Vigilance d’al-Mouhassibi ou un autre du même genre.
Deuxième catégorie : les soufis
La deuxième catégorie au dessus, est celle de ceux qui voient que tous les actes viennent d’Allah et qu’eux-mêmes n’ont pas véritablement d’action. Ainsi, la vanité leur est épargnée d’un seul coup. Si tu les questionnes au sujet de quelque chose dont se méfie les gens de la Voie, ils disent : « invoqueriez-vous autre qu’Allah si vous étiez sincères » [1] et ils disent : « dis : Allah ! Ensuite laisse-les » [2]. Ils sont comme les adorateurs pour ce qui est du sérieux, de l’effort, du scrupule, de l’ascèse, de la remise confiante en Allah etc., sauf qu’avec cela, ils voient qu’il y a quelque chose au dessus du niveau où ils sont : des états, des stations, des sciences, des secrets, des dévoilements et des miracles, alors leur obsession est de les atteindre. S’ils en obtiennent quelque chose, ils le montrent à la population par les miracles, car ils ne voient pas autre qu’Allah et ce sont des gens respectueux et à l’esprit charitable. Les gens de ce groupe sont appelés des soufis.
Par rapport aux membres du troisième degré, ce sont des gens stupides et suffisants ; leurs disciples sont comme ceux qui cherchent la querelle et se déchaînent contre n’importe qui, et qui imposent leur autorité aux hommes d’Allah.
Troisième catégorie : les “malamiyah”, ou gens du blâme
La troisième catégorie est faite d’hommes qui n’ajoutent rien aux cinq prières quotidiennes si ce n’est celles qui leur sont annexes. Ils ne se distinguent pas du reste des croyants qui accomplissent les obligations d’Allah par un état supplémentaire par lequel ils seraient connus. Ils vont dans les marchés, parlent avec les gens. Personne ne verra un seul d’entre eux se distinguer de la population par une chose supplémentaire à une action obligatoire ou une tradition prophétique pratiquée communément par les gens. Ils se sont singularisés par la sobriété de leur relation avec Allah ; ils ne sont pas divertis de leur état de servitude avec Allah un seul instant.
Ils ne connaissent pas le goût de l’autorité à cause de l’asservissement de la seigneurie divine sur leur cœur et de leur humilité face à elle. Allah leur a enseigné les Demeures et quelles actions et quels états conviennent à chacune d’entre elles, et ils agissent en chaque demeure selon ce qui lui convient. Ils se sont dissimulés des Hommes et se sont cachés d’eux sous le couvert de la populace. Certes, ils sont des serviteurs sincères envers leur Seigneur ; ils le contemplent perpétuellement quand ils mangent, boivent, lorsqu’ils sont éveillés et lors de leur sommeil, et conversent avec lui au milieu des gens.
Ils remettent les causes à leur place et connaissent leur sagesse au point que tu les verras comme s’ils avaient besoin de tout ce qui a été créé, du fait qu’ils certifient le caractère impérieux des causes. Ils sont dans la nécessité de toute chose car toute chose pour eux, est celui qui s’appelle Allah, tandis qu’Allah n’a aucunement besoin d’eux, car il ne leur est pas apparu qu’ils connaissent l’indépendance et l’honneur grâce à Allah, ni qu’ils sont les privilégiés de la présence divine, ce qui oblige les choses à avoir besoin d’eux. Eux voient que les choses ne sont pas dépendantes d’eux et qu’eux-mêmes sont indigents d’elles, du fait qu’Allah a dit : « vous êtes ceux qui ont besoin d’Allah tandis qu’Allah se suffit de tout et il est celui qui est digne d’être loué » [3]. Même s’ils sont vraiment indépendants grâce à Allah, ils n’apparaissent pas avec un attribut dont ils puissent être totalement qualifiés et par lequel Allah s’est nommé, c’est-à-dire le Riche.
Ils ont gardé pour eux-mêmes extérieurement et intérieurement le nom par lequel Allah les a nommé, c’est-à-dire le nécessiteux [4]. À partir de là, ils ont su qu’ils avaient seulement besoin d’Allah le Riche [4]. Ils ont vu que les Hommes ont besoin des causes qui sont toutes créées et que celles-ci ont caché Allah à la plupart d’entre eux, tandis qu’eux, en réalité, n’ont eu vraiment besoin que de celui qui détient le pouvoir de les combler, c’est-à-dire Allah.
Ils ont dit : « Allah s’est nommé par tout ce qui est vraiment nécessaire, alors qu’Allah n’a besoin de rien ». C’est pourquoi ce groupe était dépendant des choses alors que les choses ne l’étaient pas d’eux. Et eux sont des choses. Allah n’a besoin de rien tandis que tout a besoin de lui. Tels sont les gens du blâme ; ce sont les hommes du plus haut niveau et leurs disciples sont les plus grands hommes. Ils jouissent des phases de la virilité. Il n’est personne qui a atteint la station de la magnanimité et de la noblesse avec Allah sans appréciation pour autrui, à part eux . Ils ont obtenu toutes les étapes. Ils ont vu qu’Allah s’est caché des créatures en ce monde et puisqu’ils sont ses amis privilégiés, ils se sont aussi dissimulés des créatures avec le voile de leur Seigneur. Ils sont donc derrière le voile ; ils ne voient dans la création que leur Seigneur. Leur position en ce monde est inconnue.
Distinction de chaque catégorie
Les adorateurs se distinguent de la masse par leurs mortifications, leur séparation des gens, leurs états et l’éviction de leur fréquentation corporellement. Ils auront la récompense qu’ils méritent.
Les soufis se distinguent de la masse par leurs revendications et leurs miracles extraordinaires, comme la télépathie, l’exaucement des supplications, la nourriture qui vient de l’invisible et tout ce qui sort de l’ordinaire. Ils n’ont pas honte de montrer quelque chose qui amène les gens à connaître leur proximité d’Allah. Ils pensent qu’ils ne contemplent qu’Allah alors qu’une science importante leur a échappé. L’état dans lequel ils se trouvent n’est pas dépourvu de ruse ni de perversion.
Les gens du blâme ne se distinguent en rien du reste des gens ; ils sont donc inconnus. Leur situation est celle du commun des mortels. Cette appellation leur est particulière pour deux raisons : la première est que leurs disciples ne cessent de se plaindre devant Allah qu’ils n’ont aucune œuvre qui mérite qu’ils s’en félicitent. Ils pensent cela pour discipliner leur âme, car la félicitation des œuvres n’aura lieu qu’après qu’elles soient acceptées. Or leur acceptation est cachée aux disciples. Quant aux maîtres, ils sont ainsi nommés du fait qu’ils cachent leurs états et leur grade auprès d’Allah, lorsqu’ils ont remarqué que les gens en sont arrivés à moraliser les actes et à critiquer ce qui se déroulait parmi eux, du fait qu’ils ne voyaient pas les actions provenir d’Allah, mais seulement de ceux qui en étaient responsables. Ils en arrivèrent à se faire un principe de blâmer certains actes et de les désapprouver.
Si le voile avait été soulevé et s’ils avaient vu que les actions procédaient toutes d’Allah, le blâme n’aurait jamais atteint celui entre les mains de qui elles ont été manifestées. C’est dans cette condition que toutes les actions sont devenues pour ces maîtres, nobles et excellentes.
Pareillement, si les membres de ce groupe voyaient le niveau de leur relation avec Allah, être dévoilé aux gens, ils auraient été pris pour des dieux. Du moment où ils se sont fondus dans la masse par leur comportement ordinaire, il leur a fallu subir les admonestions dont les autres font l’objet, quand apparaît au sein de la population des faits qui obligent à la répression. C’est comme si leur propre niveau les blâmait de n’avoir pas exhibé sa valeur et sa force. Telle est la raison pour laquelle ce terme technique est employé à leur encontre.
Leur voie est particulière ; elle n’est pas comprise par tout le monde. Les gens d’Allah se sont isolés sur son parcours, sans que ne demeure un seul signe par lequel ils se distingueraient des autres.
